Handicap – Les clés de la consolation

Philippine a eu 18 ans. A l’intérieur de moi, ce n’était pas joyeux. Il m’a fallu un moment pour associer ma baisse de moral à cette date d’anniversaire. J’avais déjà entendu que les dates peuvent nous faire traverser des émotions, et là il m’a fallu admettre que la date symbolisant pour un jeune l’entrée dans l’âge adulte avec quelques passages comme la majorité, le permis de conduire, ou le bac, me pesait sur le cœur, alors que je croyais que tous les renoncements associés au handicap de Philippine étaient déjà faits. J’ai décidé de confier ma peine à quelques personnes proches qui pouvaient comprendre, plutôt que de rester seule. J’ai trouvé dans ma lecture du moment un éclairage réconfortant sur ce que je vivais. J’ai pris pour moi ce commentaire d’un prêtre sur les lectures d’une messe : « Il faut passer de l’eau qui bouillonne (que le paralytique se plaint à Jésus de ne jamais atteindre ) aux eaux tranquilles (dans le psaume 22 : « il te mène vers les eaux tranquilles et te fait revivre »). Une image spirituelle de la parole de Dieu pleine de sens pour moi qui a peut-être libéré les larmes que j’avais besoin de verser et qui ont jailli brusquement quand j’ai partagé ma peine à mon mari. Quelques jours après, mon Joseph de 8 ans me demande : « quelle est l’espérance de vie de Philippine ? » J’ai bafouillé que je ne savais pas. Il a enchaîné : « les chevaux, c’est 30 ans. Et les hommes, 100 ans. » Eclat de rire. Rien de tel qu’un enfant pour dédramatiser. J’ai aussi demandé à mon curé de prier pour et avec moi. Pendant cette prière, j’ai demandé au Seigneur d’être libérée des idées de mort qui me viennent au sujet de Philippine. J’ai renoncé devant Dieu à me noyer dans des questions sur la date de la mort de ma fille, sur la manière dont cela adviendra, sur le temps que durera encore son épreuve et la nôtre, j’ai exprimé ma confiance que Dieu fait au mieux. Au bout de ces semaines difficiles et bénies à la fois, je me suis rendue à une journée des mamans où des mères partageaient un état similaire au mien. L’une d’elles m’a décrit ses sentiments lors de la démarche de mise sous tutelle, une formalité devant un juge rapide mais pas anodine. Me voilà moins bizarre, moins seule dans ma honte de ne pas avoir vraiment fêté les 18 ans de Philippine. Doucement, ma tristesse se retire comme elle est venue. Reste ma joie. Celle d’avoir su recevoir de mon environnement les consolations qu’il avait à m’offrir et de ne pas les avoir repoussées. La joie d’être la mère d’une jeune fille qui porte sa vie courageusement aussi longtemps que Dieu veut. Je m’approprie cette pensée du philosophe Clément Rosset : « Je sais maintenant, j’ai enfin compris que la joie est plus profonde que la tristesse. »

Paru dans Ombres et Lumière https://www.ombresetlumiere.fr/

Billet publié le 29 mars 2018


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